Mon père Yvon
Par son fils, Daniel Tremblay
J’aimerais vous parler de mon père comme on parle du vent.
Le vent du savoir…Le vent de la pensée et de l’intellect…De la politique et de la philosophie. Le vent du Nord. Le vent de l’Est. Le vent qui traverse les montagnes. Le vent qui pousse à agir, à accomplir des actions qu’on croyait « chimériques ». Le vent des grandes orientations stratégiques. Mon père, c’est cet homme que le vent a poussé à bâtir le Québec d’aujourd’hui.
J’aimerais vous raconter mon père comme on raconte le fleuve.
Ce fleuve qui traverse nos vies, parfois calme, parfois houleux; cette ondée magnifique qui l’accompagnait partout. Cette présence familière. Qui à la fin de sa vie, il ne voulait plus quitter du regard…
Pour mon père, le fleuve, c’était la vie elle-même, c’était la volonté qui porte l’homme au loin. Qui marque le temps. Le fleuve qu’on chérit et qu’on craint comme la vieillesse elle-même.
J’aimerais vous dépeindre mon père comme on dessine un arbre et ses racines.
Des racines si importantes pour lui. Des racines qu’il a appris à nous faire découvrir, et à aimer son grand pays Charlevoix. Ses racines ancrées dans les terres grandioses de nos ancêtres, et ses « gens » surtout qu’il portait dans son cœur et son âme québécoise.
Un arbre avec des branches et des feuilles : sa famille. Cette famille élargie qu’il a aimée plus que tout. Même s’il était parfois mal à l’aise face aux émotions des siens.
Un arbre et sa sève. Celle qui coulait dans ses veines; celle qui dorlotait les siens; celle que pompait un grand cœur. Trop grand peut-être, et trop sensible sûrement. Un peu « bocké » aussi.
J’aimerais vous parler de mon père comme on regarde le soleil…
Un soleil émouvant. Qui savait diffuser sa chaleur et son charme de tous ses pores. Un soleil qui ne juge pas. Qui laisse les siens vivre sous son regard affectueux. Oui, un soleil qui vous amène pêcher. Qui prend des nouvelles de vous. Qui s’inquiète pour vous. Qui est fier de ce que vous devenez.
J’aimerais me rappeler de mon père comme on s’émerveille des étoiles. Il était une comète dans le firmament du Québec. Un être d’exception avec autant de contradictions qu’il existe de constellations. Une étoile dans le vide de l’Univers. L’immensité, c’est tout lui. Il voyait toujours plus grand. Toujours à chercher une façon d’améliorer les choses! De bâtir… Il est une étoile qui veille sur nous tous.
Mon oncle Yvon
Par son neveu, Jean-Arthur Tremblay
À eux seuls ces mots évoquent de nombreuses images et pensées toutes aussi riches les unes que les autres. Comment raconter cet individu à la moustache, fumant la pipe, parlant de sa voix grave et ayant toujours 2 ou 3 livres d’entamés, et ce, peu importe là où il était.
Mon esprit vagabond ne sait où arrêter son attention. Les images défilent rapidement. De mon enfance à aujourd’hui. De Québec à St-Siméon.
Rappellerai-je à votre mémoire son grand talent de pêcheur et les nombreuses fois où il nous a expliqué et enseigné sa fameuse théorie des 7 mouvements de la pêche à la mouche.
Dénombrerais-je le grand nombre de perdrix qu’il rata, mais de peu, disait-il, le long du chemin du lac de la Mine… Et ce malgré l’utilisation de son puissant 12. Parlerais-je de son service dévastateur et de ses effets surprenants au tennis?
Ramènerais-je à votre pensée ses nombreux voyages de chasse à l’oie, l’automne, à l’île aux grues avec des amis français ou des collègues?
Oserais-je nommer les femmes qu’il a aimées, (Yvette, Mariette, Diane, Élise) ces flammes qui l’ont accompagnée à un moment ou à un autre de son cheminement. Vous rapporterais-je à un certain Noël dans un grenier de la rue St-Flavien où toute la famille fêtait chez l’oncle Yvon. Ou encore à un Carnaval bien arrosé rue Bougainville.
Soulignerais-je à vos pensées tout l’intérêt et l’amour qu’il avait envers ses fils. Il avait à cœur leurs projets, leur bonheur, leur bien-être. Sylvain, Daniel, nous savons comment Yvon vous aimait et à quel point il était fier de vous – avec raison d’ailleurs-
Vous entretiendrais-je des fins de semaine où il aimait tant se réfugier dans sa cabane de la Rivière Noire ou dans son chalet près des Palissades loin de la ville et du gouvernement? Son attachement à ses origines, la Rivière noire, St-Siméon, Charlevoix, est indéniable… Il aimait cette forêt, ce fleuve, ces montagnes, mais surtout être près des siens.
Vous parlerais-je de ses longues marches sur la grève, pipe en main, réfléchissant et scrutant l’horizon. Marches quelques fois accompagnées d’un des chiens qu’il aimait bien. De Folichon à Balthazar, en passant par Gudule et Pogo.
Est-ce que mon attention se tournera plutôt sur son enfance avec ses frères ; Robert, Magella, Gus, Aurélien – et ses sœurs ; Paulette et Andréa. Narrerais-je certaines de leurs péripéties : bons et mauvais coups.
Relaterais-je ses années d’études au Séminaire de Chicoutimi, à l’Université de Montréal ou à l’ENA à Paris ; années où il préparait l’homme qu’il allait devenir.
Un homme d’envergure, un homme de charme et de charisme, un homme d’idées, un homme de famille, un homme de convictions et de grands projets sociaux, un homme de communication, un homme ouvert sur le monde, à l’écoute des autres et toujours intéressé au futur de chacun.
Son implication et son travail soutenu au sein du gouvernement ont fait de lui un artisan important du Québec de la Révolution tranquille et de ses suites. Ses réalisations professionnelles sont trop nombreuses pour être énumérées ici, mais elles sont reconnues de tous. Je cite en passant l’article de Louis Bernard et d’André Dussault paru dans le Devoir du 12 août 2016.
Au-delà de l’homme public Yvon était un homme simple, humble, de parole, un homme honnête. Jamais, comme me l’a souvent souligné mon père, nous n’avons entendu parler d’une histoire de malhonnêteté le concernant. J’ai souvent perçu d’ailleurs toute l’admiration et toute la fierté que Gus avait envers les réalisations de son jeune frère.
Yvon était mu par des idéaux sociaux importants et ceci le rendait souvent détaché des biens matériels. Il aimait lire pendant de longues heures, réfléchir, parler, chouener, rire, agacer, écouter les autres et s’informer de leurs vies.
Quand je lui ai parlé la veille de sa mort, il a été fidèle à lui-même. Il a pris des nouvelles de toute la famille, de St-Siméon, du Lac aux Canards, et même de mes cabanes de chasse… Assurément, il pensait encore au présent, au futur. Mais comme souvent, il revenait aussi en arrière, là où tout a commencé. Il m’a parlé du Lac Long, du Quai des Barges et de d’autres faits de son enfance à la Rivière noire avec les siens.
Il m’a cependant surtout parlé de Daniel et de Sylvain qui l’accompagnaient au quotidien dans sa maladie et de comment il était bien épaulé et bien entouré par eux. Merci à vous deux.
Je m’en voudrais également de ne pas souligner l’apport soutenu et indéfectible de ma tante Andréa qui malgré ses propres soucis et son horaire chargé, a été là constamment avec beaucoup de compréhension, de disponibilité et de patience dans les derniers mois de sa vie. Elle n’a jamais cessé de s’occuper de celui qu’elle décrivait affectueusement comme son poteau de vieillesse.
Samedi, le 6 août, il s’est éteint, les yeux fermés, le cœur rempli et porté par vous tous…
le regard résolument tourné vers l’avenir.
Tel un chêne, c’est ici à St-Siméon près de vous qu’il a fait ses racines et ses longues branches touffues de feuilles se sont déployées partout là où il est passé.
Mon oncle Yvon
Par sa nièce, Annie Tremblay
À l’annonce de son départ, après les formules d’usage habituelles, les questionnements et pensées inhérentes à la mort, ma fille émit le constat que mon oncle Yvon était peut-être un des oncles qu’elle avait le moins connu.
Alors aujourd’hui, étant donné que Justine n’est probablement pas la seule dans ce cas, mon message s’adresse surtout aux enfants de ses neveux et nièces qui n’ont pas cette chance et ce bonheur de l’avoir connu. J’essaierai donc de vous le faire connaître davantage en vous dressant un portrait à travers mes yeux de nièce, mais aussi de voisine, comme vous le savez.
D’abord à son hommage à Québec, M. Rosaire Bertrand a mentionné les piles de livres partout dans sa maison de Sillery. Il en était de même pour le chalet de St-Siméon. D’aussi loin que je me rappelle, je l’ai toujours vu lire; le journal bien entendu, mais aussi des livres.
«Acquérir l’habitude de lire, c’est se bâtir un refuge contre presque toutes les misères de l’existence.» (Citation de Somerset Maugham qu’Yvon avait bien compris!)
Il est donc tout naturel pour moi d’imaginer aujourd’hui ce que pourrait être sa biographie. D’abord sur la page couverture, on le verrait pensif, pipe au bec, devant le fleuve St-Laurent et sur la quatrième de couverture, il serait devant le Parlement (avec un journal). Il faudrait aussi intégrer un chien sur une de ces deux pages.
Ce livre aurait assurément plusieurs chapitres. Il y en aurait certainement un de consacré à ses nombreuses lectures, mis à mon avis, le premier serait dédié à la famille. Je ne l’ai jamais entendu dire que sa famille était importante, mais ce qu’il faisait le prouvait facilement. Sa mère étant décédée lorsqu’il était très jeune, il a dû se débrouiller et être autonome rapidement. Yvon ce n’est pas un oncle qu’on a vu souvent, mais il revenait l’été, aux Fêtes et à d’autres événements importants.
Plus jeunes, moi et Guylaine (ma cousine) allions chez lui une semaine par été dans sa maison de quatre étages du Vieux-Québec. (Juste ça, c’était impressionnant!) Vivant habituellement seul avec sa conjointe Mariette, nous bousculions son quotidien! Pourtant, il avait l’air content que nous soyons là. De temps en temps, suite à nos courses, nos cris et nos rires, il y avait bien un «Ho là, c’est assez!!», mais jamais plus.
Il nous a aussi souvent accueillies à son chalet de St-Siméon et à celui envers Sagard. Ce fut la même chose avec Mathieu (son filleul) et avec Frédéric (un autre neveu), qui en auraient certainement long à raconter sur leurs aventures avec lui. À deux reprises, j’ai souvenir qu’il avait réuni toute sa famille à Québec, pour Noël et pour le Carnaval. Souvenirs heureux qui resteront gravés dans ma mémoire à tout jamais!
Dernièrement, quand mon fils jouait au hockey à l’aréna d’à côté de chez lui, on lui passait un coup de fil ou on allait le chercher et il nous rejoignait. Il trouvait très drôle l’enthousiasme endiablé des partisans et en particulier de sa belle-sœur Thérèse!
Le deuxième chapitre de sa biographie serait sans doute consacré à sa vie professionnelle qui fut très animée et importante pour lui, mais aussi pour le Québec. La politique était une passion, mais aussi une passion à mon avis! Je verrais aussi très bien un chapitre consacré à ses passions : la chasse et la pêche. Même s’il a vécu à Paris et à Québec, il aimait la nature et le fleuve St-Laurent. Charlevoix tiendrait également une place de choix dans son histoire.
Je pense également qu’il y aurait plusieurs pages consacrées à l’instruction. Étant lui-même titulaire d’un diplôme universitaire, il accordait une grande importance à l’éducation. D’ailleurs, ma dernière conversation avec lui a porté sur ce sujet. Même s’il était mal en point physiquement, il m’a manifesté son contentement à savoir qu’Émile commencerait l’Université à l’automne.
En conclusion, cet homme charmant et charmeur dont ses frères et sœurs ont toujours été très fiers aurait une biographie intéressante, écrite par son fils Daniel qui a une plume magnifique et publicisée par Sylvain, son aîné, qui a hérité de son talent d’orateur et qui œuvre dans le même domaine que lui. À l’intérieur de ce livre, il pourrait également y avoir des dessins de sa petite-fille Claudelle!
Sylvain et Daniel, continuez d’honorer votre père en véhiculant les valeurs qu’il vous a enseignées. Une partie de lui nous reste à travers vous! Claudelle apprendra à le connaître grâce à vous.
Annie xx
Nous invitons tous ceux qui ont des souvenirs et / ou des photographies, à les partager dans les commentaires ci-bas sur cette page.
